Hoshi

« Quand est-ce qu’on va nous sortir des beaux mecs ou des filles sublimes? Bon quand vous regardez Hoshi, qui a un talent incroyable, vous mettez un poster de Hoshi dans votre chambre, vous? Elle est effrayante! … Nan mais j’ai rien contre cette fille qui est géniale, elle a du talent cette fille, mais qu’elle donne ses chansons à des filles sublimes » Fabien Lecœurvre.

Dérapage? Boomer? Misogynie? Culte de la beauté? Homophobie? Système patriarcal?
Le chroniqueur a regretté ses paroles qu’il « ne pensait pas ». Mais peut-on y croire?

Il a certes manqué de subtilité, mais n’a fait qu’exprimer tout haut ce que beaucoup ne prononcent que dans un cercle fermé et validant. Pour être sur le devant de la scène, il faut être beau, et plus particulière belle. Mieux, sublime. Le physique est la première attaque que subissent les artistes et très rares sont les voix qui s’élèvent pour dire « Et alors? On s’en fout? »

Combien d’ados conditionne-t-on à être beaux et belles, à rentrer dans les canons de la beauté de leur âge tout en commençant à singer les canons de la beauté adulte? Combien de jeunes, dépressifs, bousillés avant de rentrer dans la vie qui les attend, parce qu’iels ne sont pas dans la norme. Trop noir.e, trop gros.se, trop gay… ou pas assez… Ces enfants n’ont aucun moyen de combler ces « pas assez » et de raboter ces « trop ». Et alors que nous, adultes, devrions les aimer, valoriser leur culture ado et valider leurs rêves, on les enfonce dans une médiocrité que nous avons créée, celle de la perfection.

Hoshi a l’âge de mon fils ainé, à quelques jours près. Quand on écoute ses textes, on est tout d’abord subjugué par la maturité du contenu, la qualité de la musique, le travail que tout ceci représente. Mais en creusant un peu, on y entend déjà tellement de souffrance. Elle est effrayante oui, effrayante de talent, de force, de doute et d’amour aussi. C’est là que le bât blesse. Elle fait peur.

Comment ces hommes peuvent-ils comprendre que le talent n’est QUE ce qui plait chez Hoshi? Pas n’importe quel talent. Celui d’une femme; une femme d’une petite vingtaine d’années; une femme qui aime d’autres femmes; une femme qui travaille comme une dingue; une femme qui s’est relevée; une femme qui est aimée. Putain oui c’est effrayant. Ces Lecœurvre et autres Moix vont devoir faire avec des jeunettes lesbiennes, ou des cinquantenaires puissantes, sans pouvoir se branler sur leur poster dans leur chambrée. Hoshi, tu leur fais peur. Hoshi emblème bien malgré toi. Mais on ne choisit pas d’être un emblème, on le devient.

Et Hoshi, comme Mila, Greta Thunberg, Malala Yousafzai, Nice Lengete… vient de rejoindre mon panthéon de la jeunesse emblématique. Ce dessin, ce poster, que j’ai pris le temps de dessiner consciencieusement, soigneusement, trônera chez nous.

Cependant, ce n’est pas l’attaque sur le physique qui me choque le plus, aussi abjecte soit-elle, c’est le « qu’elle donne ses chansons à ».
Cette phrase sur la dépossession me fait pleurer autant qu’elle me révolte. Elle reflète toute notre espèce, juge du qui mérite de posséder et de ne pas posséder. Comme ces femmes pauvres qui doivent donner leur bébé à l’adoption aux couples riches. Comme ces poulets que l’on met en batterie dans des conditions ignobles alors que nos chats vivent comme des rois. Comme ces jolies écrivaines, au sourire rayonnant, qui ont une photo sur le bandeau de leur livre alors que les autres restent dans l’ombre. Comme toutes ces femmes qui ont dû donner leurs œuvres, leurs recherches, leur talent à leur mari, frère ou père.

J’ai essayé de me figurer la scène, Hoshi donnant ses milliers d’heures de travail à une fille sublime « Tiens, porte-les, porte mes bébés, porte ma création. Je n’ai ni le bon visage, ni le bon sexe, ni la bonne orientation sexuelle pour le faire. Toi, tu feras rêver les hommes, moi je ne fais que rêver des jeunes. » Deux claques à cette Hoshi-là!

On me taxe souvent de « chiante », de « rabat-joie » parce que je relève systématiquement les propos sexistes, parce que les blagues sur les blondes me révoltent, parce je refuse de mettre un animal mort dans ma bouche. Mais je ne suis là ni pour plaire ni pour me faire aimer. Je suis là pour me regarder dans la glace et être fière de moi, m’aimer et aimer ce que je fais. J’ai eu honte parfois de ce que j’ai pu dire ou faire. J’en ai d’ailleurs honte encore aujourd’hui. Lecœurvre saura-t-il avoir honte de ce qu’il a dit? Ou lui aussi, à l’instar de Matzneff, écrira-t-il un torchon pour se justifier et justifier ses propos?

Mais il y a des hontes qui sont indélébiles. Parce que cette parole n’aurait jamais dû être prononcée, parce que cette pensée est bien trop ancrée pour être une simple « boulette », j’espère que nous ne l’oublierons pas, qu’elle continuera de faire couler beaucoup d’encre et que des comptes Instagram comme @period.studio, @preparez_vous_pour_la_bagarre, @toutestpolitique, @paye_ton_cliche_vegan, @les_effrontees, @limportante.fr, @simonemediafr, les @femen_france et beaucoup d’autres, continueront d’éveiller les consciences et de s’assoir sur les « On peut plus rien dire ».
On n’est pas obligé de valider tous les contenus, d’adhérer à toutes les revendications, mais ces comptes relèvent l’inadmissible, celui qui a très longtemps été toléré, voire valorisé, mais qu’il faut encore et toujours dénoncer, parce qu’on a un outil pour fabriquer un monde meilleur pour nos enfants, nos filles: le Savoir!

PS: Hoshi, c’est toi la “Merveille”!

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