“Un jour sera vide”, Hugo Lindenberg, 2020, Christian Bourgeois

Cet été-là du début des années 80, sur la côte normande, un garçon s’ennuie. Il occupe son temps, posé sur la plage, à observer les familles “normales”, flanqué de sa grand-mère et fasciné par les méduses qui hantent les eaux de la Manche.

C’est autour d’une de ces méduses justement qu’une amitié va naître entre lui et Baptiste, l’enfant à la famille “parfaite”.
Pas n’importe quelle amitié: la Première amitié, celle où l’on imite tout du copain, on parle comme lui, bouge comme lui, rêve de lui. Celle où on doute en permanence d’avoir une quelconque valeur à ses yeux, où on a peur qu’il trouve un meilleur copain, le renvoyant à sa vie morne et glauque.

En se glissant dans la peau d’un enfant de 10 ans, l’auteur évite un écueil formidable, celui de parler comme un enfant de 10 ans. Le langage reste celui d’un écrivain et d’un bon écrivain.

Si j’aime les jeux littéraires, j’ai toujours des réticences quand ils sont poussés à l’extrême. Ici le jeu est le non-dit. Il nous faut comprendre, à travers le peu que livre le narrateur, ce qu’il a vécu au cours de ses dix petites années d’existence. Tout est lâché par bribes, comme le ferait un enfant de dix ans en fait, un enfant taiseux et écorché, sans père ni mère, pétri d’amour pour une grand-mère dont il a honte et encombré par une “monstrueuse” tante.

Mais ce “jeu littéraire” a ses limites et pour la lectrice que je suis, elles ont été dépassées: trop d’implicite nuit au récit. Beaucoup de passages sont nébuleux et ce roman me laisse un goût d’inachevé.

Il a cependant d’autres qualités, comme cette magnifique plongée dans l’hypersensibilité de l’enfance qui n’a pas laissé indifférent le jury du Prix du livre Inter 2021. Bravo Hugo Lindenberg.

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