« Seules à Berlin », Nicolas Juncker, 2020, Casterman

Je n’ai jamais lu une BD aussi dure, bouleversante et déchirante.

Ingrid, l’Allemande qui parle russe, retrace dans son journal les heures de cauchemar qui précèdent et suivent l’arrivée des Russes à Berlin. Il ne reste que des enfants, des vieillards et des femmes. Les deux premiers on les tue, les femmes on les viole, on les tue après. Ingrid sera plus maline que certaines. Ingrid veut vivre. Mais quelle décision monstrueuse doit-elle prendre pour ça…!

Evgeniya, la Soviétique qui parle allemand, retrace dans son journal son arrivée sur Berlin, la prise de la ville, la recherche et l’identification du corps d’Hitler, les interrogatoires des Allemands, des nazis qui ne sont plus nazis.

Ingrid et Evgeniya toutes les deux puisent leur survie et leur salut dans l’écriture.

Nicolas Juncker donne corps à l’Histoire à travers les écrits de ces deux femmes, retrace leur parcours, les fait se rencontrer, imagine les non-dits en faisant disparaitre les bouches, expose la violence et les abominations en exorbitant les yeux, nous laissant sur le carreau, pantois devant tant de souffrance.

Le graphisme est sans complaisance. Il est aussi violent et laid que l’histoire qu’il raconte. Et pourtant quel coup de crayon, quelle recherche artistique. On ne pourrait pas imaginer un autre choix graphique que celui-ci devant cette page d’histoire.

Vraiment, allez-y. Accrochez votre estomac à vos boyaux, suspendez-les à votre cœur, et découvrez ce travail.

Chapeau bas Monsieur Juncker!

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