« Marche blanche », Claire Castillon, 2020, Gallimard

La narratrice est une mère brisée par la disparition de sa fille de 4 ans, enlevée par un petit homme sec, quasiment sous ses yeux, dans un parc pour enfants. Depuis dix ans, elle sombre dans l’instabilité mentale, rongée par la culpabilité, suspecte son entourage, a l’impression de voir sa fille Hortense dans toutes les petites filles qu’elle croise.

Elle la cherche, aidée de son mari qui colle, encore et encore des affichettes, lui qui a été si peu présent quand Hortense était en vie, organise maintenant des marches blanches pour « qu’on n’oublie pas ».

Jusqu’au jour où, en face de chez elle, une famille s’installe, un couple, deux enfants; la fille, elle en est sure, est SA fille. Le délire recommence, plus fort que jamais, la paranoïa prend le dessus.

Entrer dans la tête d’une mère qui pleure la disparition de sa fille et relater un fait divers peut vite tourner au récit larmoyant. Claire Castillon évite avec grand art cet écueil grâce à un style littéraire qui colle parfaitement aux ruminations délirantes de la mère.

Les phrases se télescopent comme ses pensées. Les descriptions sont irrationnelles comme ses perceptions. L’effet est froid et déshumanisé comme la mère qui a perdu toute foi en l’humanité, y compris en la sienne. L’histoire est foutraque comme cette mère qui ne sait plus si elle aimait sa fille ou n’en pouvait plus de l’élever seule.

Un style qui met mal à l’aise autant que la mère dérange. Excellent!

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