« Lesbos, la honte de l’Europe », Jean Ziegler, 2020, Seuil

Trois mots: « Lesbos », « honte », « Europe ». Ces trois mots suffisent à faire penser que cet essai est ABSOLUMENT à lire.

Pourquoi cette île paradisiaque de la mer Égée, patrie de la poétesse antique Sappho, serait-elle devenue la honte du peuple européen?

Jean Ziegler, un CV long comme le bras dans la politique internationale, conseiller des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, détaille en 130 pages, avec une limpidité toute pédagogique, la monstruosité de ce qui se passe aux portes de l’Europe.

Des exilés, venus de pays en guerre, de pays où la faim est leur quotidien, des exilés apeurés, battus, torturés, brisés, nous arrivent par centaines chaque jour et sont accueillis avec des méthodes concentrationnaires qui ont déjà fait notre honte il y a tout juste quatre-vingts ans.

Comment pouvons-nous reproduire à ce point l’histoire?

Jean Ziegler, à travers 18 courts chapitres,

– décortique les méthodes mortelles de « pusch-backs » des bateaux de l’OTAN;

– rappelle la législation à laquelle nous avons tous adhéré, législation pourtant bafouée quotidiennement;

– étaye par des témoignages tous plus déchirants les uns que les autres;

– pointe du doigt toutes les institutions qui ont l’obligation d’intervenir et ne le font pas;

– accuse les pays européens et les dirigeants qui bénéficient des millions d’euros de l’Europe sans en accepter les contraintes.

Le pire, dans cet essai, malgré les horreurs qu’il relate, c’est que cette ignominie est financée grâce à tous ces petits euros que vous et moi donnons chaque mois dans nos impôts.

Alors si vous vous sentez un tant soit peu humain, un tantinet Européen, et que, comme moi, la phrase « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » vous met hors de vous, lisez ce livre. Puis parlez-en, offrez-le, faites-le lire à vos enfants (mon ado de 14 ans l’a lu sans problème), faites-le lire à vos élèves…

Une dernière chose, accueillir des demandeurs d’asile, des gens qui fuient la guerre, le faire dans des conditions dignes, n’est pas un effet de notre bonté, c’est une OBLIGATION du droit international et du droit européen! En Europe, nous sommes quotidiennement « hors la loi ».

À lire d’URGENCE! On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas…

Que trouverez-vous dans les chapitres…

Chapitre 1

Contexte

Jean Ziegler présente sa mission et les « hot spots ». Ces « points chauds » sont les lieux officiels d’accueil des réfugiés qui traversent la mer Égée et la mer Méditerranée pour rejoindre l’Europe du Nord. Les pays qui les abritent, à savoir la Grèce et l’Italie, bénéficient d’une aide humaine et financière conséquente de l’Europe.

Les fonctionnaires de l’Union Européenne, censés assister les autorités grecques, sont finalement chargés de refouler, d’arrêter, de conduire les réfugiés vers ces hot spots et d’instruire les demandes d’asile.

Il y a trois organisations: FRONTEX, rassemblant des policiers de tous les pays européens; Europol, chargé du renseignement et des interrogatoires; l’EASO qui examine les demandes d’asile. Leurs budgets et leurs rôles font froid dans le dos.

Chapitres 2 à 4

Non, tu ne déposeras pas ta demande de droit d’asile!

Explication des « push-back », ces opérations violentes perpétrées par les garde-côtes Grecs et Turcs, les navires de FRONTEX (les policiers européens) et de l’OTAN pour refouler les réfugiés avant qu’ils n’atteignent les côtes européennes, leur interdisant toute possibilité de déposer une demande d’asile.

Les ONG qui viennent en aide aux naufragés sont repoussées, voire arrêtées et accusées de trafic d’êtres humains.

Sur les frontières terrestres, les réfugiés sont abattus ou violentés.

L’Europe verse des milliards d’euros pour financer les opérations de push-back. Les budgets augmentent régulièrement et se chiffrent en milliards d’euros. Les lobbyings de l’armement sont extrêmement puissants à Bruxelles: les navires ou les frontières sont équipés avec du matériel de haute technologie. Les familles de réfugiés à pied ou sur les zodiacs de fortune n’ont quasiment aucune chance de passer.

Chapitre 5

Le droit d’asile

Rappel de la réglementation internationale: toute personne persécutée a le droit de chercher asile dans un autre pays. 193 états ont signé la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Tous les États de l’UE ont signé la Convention de Genève de 1951.

Tout état refoulant un réfugié, sans lui permettre de déposer une demande d’asile, viole les droits international et européen. Les opérations de push-back financées par Bruxelles sont donc illégales.

Chapitre 6

Les hot spots

Devant l’arrivée massive de réfugiés, les hot spots ont été imaginés par Bruxelles pour faire un pré-enregistrement des réfugiés puis les relocaliser en Europe. Si des pays comme l’Allemagne acceptent les conditions de redistribution, des pays comme la Pologne, la Bulgarie, la Hongrie, la Tchéquie s’y refusent catégoriquement. Ils n’ont pourtant aucune sanction mais continuent de toucher les millions d’euros alloués par l’Europe pour leur agriculture, le développement de leurs infrastructures…

Les hots spots sont surpeuplés. Les procédures qui devaient prendre six mois, prennent plusieurs années.

Cent millions d’euros ont donc été alloués à la Grèce pour l’aider à faire vivre les camps de réfugiés, mais l’argent est constamment détourné.

Chapitres 7 à 11

La vie dans le camp de Lesbos. Moria. L’horreur absolue. Les conditions d’hygiène, l’alimentation avariée, le passé des réfugiés, les viols, les maltraitances, l’ennui, l’absence d’instruction, les files d’attente pour tout… c’est inimaginable. Le choc est terrible. Tous les droits des demandeurs d’asile sont niés. Les premières victimes sont évidemment les femmes et les enfants.

Chapitre 12

ONG

Les organisations non étatiques s’en sortent mieux que les organismes officiels.

Les habitants de Lesbos s’organisent et grâce à des dons privés viennent en aide aux réfugiés. C’est aussi le cas sur les autres îles grecques, dans les autres hot spots.

Des avocats et des médecins d’ONG tentent de venir en aide aux réfugiés.

Chapitre 13

Un accord qui aggrave la situation

L’accord honteux de 2016 entre Merkel et Erdogan permet à la Turquie de recevoir des milliards d’euros de l’UE pour renforcer ses frontières et procéder à des échanges de réfugiés. Ces milliards serviront à ériger un nouveau mur de la honte à la frontière turque avec des mitrailleuses à déclenchement automatique.

L’EASO est renforcé. Ce sont les fonctionnaires qui examinent les demandes d’asile. Ils sont parfaitement incompétents, n’ont pas de traducteurs officiels et limitent les entretiens avec les demandeurs à 15 minutes. Il n’y a rien dans les dossiers quand ils arrivent à Athènes et les demandeurs sont refoulés puis renvoyés en Turquie où ils sont régulièrement torturés.

Chapitres 14 à 16

Les enfants

Le sort des enfants est le plus inquiétant. Le droit international leur accorde un statut particulier. Aucun de ces droits n’est respecté à Lesbos. Ils sont violés, battus, n’ont ni instruction ni jeu. Ils se suicident, s’automutilent. Ils n’ont aucune perspective d’avenir sachant que leur passé est déjà la pire chose qu’un être humain ait pu vivre.

Chapitres 17 et 18

Seule nous reste la honte…

Aucune sanction n’est prise, ni contre l’armée grecque, ni contre les pays européens, souvent d’extrême droite, qui refusent d’accueillir des réfugiés. L’Europe continue, avec nos impôts, de financer et d’entretenir sa honte.

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