« La dangereuse », Loubna Abidar et Marion Van Renterghem, 2016, Stock

Loubna grandit à Marrakech dans une famille traditionnaliste qui a très mal vécu la répudiation de sa mère, mariée à 14 ans, remariée avec un Amazigh (kabyle), drogué, sans un sou et violent. Loubna vit avec ses parents dans une extrême misère jusqu’à ce qu’elle   soit envoyée chez sa grand-mère, dans un magnifique Riad où il fait bon vivre.

Mais la vie n’est pas drôle: les gifles pleuvent, les filles n’ont droit à rien, sortent peu, se taisent, servent les hommes et Loubna a bien du mal à trouver des minutes de bonheur.

Elle va se passionner pour le cinéma qu’elle regarde tout d’abord sur une vieille télé en noir et blanc, puis en séchant les cours pour aller au cinéma de quartier, en louant des cassettes vidéo…

Elle est malheureusement plusieurs fois renvoyée chez ses parents, où son père la bat, la brûle avec ses cigarettes, l’affame et la viole: au Maroc, « Les viols familiaux sont presque systématiques… mais personnes n’en parle puisque les filles sont censées demeurer vierges jusqu’à l’instant de leur mariage. »

À 14 ans, elle met son père à la porte, sauve sa mère et ses frère et sœur, monte un business pour faire vivre la famille. Elle danse le soir et devient célèbre dans les « nuits de Marrakech ».

Elle apprend la comédie, le théâtre, tourne des téléfilms, des séries et en manipulant la chance, se fait engager pour le rôle principal du film de Nabil Ayouch « Much Loved », qui dénonce l’hypocrisie marocaine et parle de la prostitution dans le pays.

Mais pour une scène sexuelle d’une minute, le film sera interdit au Maroc et Loubna littéralement conspuée, insultée, bannie, battue (peut-être par des policiers). Les titres de meilleure actrice qu’elle décrochera en France et en Belgique atténueront quand même le mépris de ses proches.

Loubna Abidar vit aujourd’hui en France et peut difficilement se rendre au Maroc.

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Cette biographie est absolument incroyable; cette nana donne une pêche d’enfer, car malgré tout ce qu’elle a vécu elle déborde d’énergie, de combativité et d’intelligence.

« Cette hypocrisie des hommes vis-à-vis des femmes, ce qu’ils leur font subir, tout en exigeant leur virginité, est insupportable. J’ai l’intention de passer ma vie à essayer de changer cet ordre des choses. »

« La virginité, croyez-moi, c’est le plus gros mensonge du monde arabo-musulman. Et la chirurgie pour reconstituer l’hymen avant d’être offertes à leur mari, le plus indicible et le plus rentable des commerces. »

Vous comprenez pourquoi Loubna n’est pas la bienvenue au Maroc.

Une biographie à découvrir.

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