« Kim Jiyoung, née en 1982 », Cho Nam-Joo, 2020, Nil éditions

Kim Jiyoung, jeune maman coréenne, commence à avoir des absences de plus en plus perturbantes: pendant de longues minutes, elle devient une autre -sa mère, sa fille, une amie décédée- envoie des vérités cinglantes, mais ne s’en souvient pas. Son mari contacte un psychiatre qui la prend en consultation. Celui-ci retrace sa vie mais aussi celle de sa mère, pour comprendre.

Ce roman/essai, à l’écriture efficace et au style simple (sans être simpliste), permet une plongée dans la Corée patriarcale du sud, montrant que le sacrifice fait par les femmes pour laisser la place aux hommes et à leur réussite n’est pas sans lourdes conséquences sur la santé psychique des femmes.

Le constat est le même dans le monde entier, car même si des lois sont édictées, même si les progrès se font à la vitesse d’une limace au galop, les mentalités ne changent pas et leur poids pèse sur une trop grande majorité de femmes des classes pauvres et intermédiaires.

Un exemple parmi tant d’autres: Kim Jiyoung est instruite, ses résultats sont excellents, elle se bat des mois pour décrocher un job, qui sont tous réservés aux hommes. À la naissance de leur enfant, comme les employés coréens travaillent aussi le soir et le weekend, l’un des deux doit démissionner car ils ne peuvent pas assumer une nourrice à plein temps. Il est évident que c’est à elle de le faire puisqu’elle est beaucoup moins bien rémunérée que lui. Ce qui lui vaudra, par la suite, de se faire traiter de « mère-parasite » de son mari par des jeunes gens.

J’ai lu ici ou là, des commentaires masculins moralisateurs, disant que les femmes européennes pouvaient se sentir « heureuses » de leur condition, comparée à celle des femmes coréennes. Messieurs, je vous vomis et j’espère que si vous n’arrivez pas à obtenir cette augmentation dont vous rêvez, vous vous sentez tout de même « heureux » de ne pas être né d’une esclave Sud Africaines dans les années 70.

Lisez ce livre. C’est certes une plongée intéressante dans une autre culture, mais c’est surtout un cri de plus pour que la condition de la moitié de l’humanité, celle des femmes, puisse, travailler, sortir, aimer, faire la fête, se rebeller, enfanter, jouir… en toute liberté.

Et si vous n’êtes pas d’accord avec cette évidence, on vous rappelle que « nous ne sommes pas féministes, c’est vous qui êtes sexistes! »

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