Histoire de vie

Le 1er juin 2018, j’ai accueilli ces deux êtres chez moi: ma maman et son chat. Pas facile. Ni pour elle, ni pour moi, ni pour la vie de couple.

Cette histoire a commencé il y a 11 ans, à la mort de mon père. J’ai quitté la Région parisienne pour la Bretagne. Mon mari et moi rêvions depuis longtemps de cet exil en province. Ma maman a suivi, ne voulant pas rester loin de moi et de ses petits-fils. Nous avons chacune acheté deux belles maisons dans la campagne bretonne à 10 kilomètres de distance.

Très vite, la solitude, les drames passés, l’isolement se sont abattus sur elle. Nous n’étions pas très disponibles, pris par notre quotidien d’actifs et à part le déjeuner dominical ma maman s’est retrouvée si seule que la dépression l’a littéralement écrasée. Elle a passé 3 ans au lit dans un état pitoyable. J’étais complètement démunie. Effrayée aussi qu’elle mette fin à ses jours. En colère qu’elle ne se batte plus. Je n’arrivais pas à m’occuper d’elle, trop prise par mon travail et la vie de famille. Et pourtant sa descente aux enfers me hantait.

J’ai eu l’idée de lui faire construire une maison sur mon terrain. Mais il a fallu convaincre mon mari et se battre contre le regard social: « Tu vas pas avoir ta mère chez toi! »; « Quoi ta belle-mère chez toi?? fais pas ça! »; « Ah moi c’est un truc que je ne ferais jamais!! »

J’ai tenu bon. Je savais que ce serait difficile. On est parfois chien et chat toutes les deux et ces 3 ans de dépression n’avaient rien arrangé.

Mais, contre toute attente, le projet a fini par s’enclencher. Ma maman a vendu sa belle maison et nous avons contacté un constructeur de maisons en bois. En 6 à 8 mois ça devait être bouclé. Le 1er juin 2018, elle a donc emménagé chez nous. À l’été 2019 elle devait être chez elle…

Raté! On n’est pas dans un roman de Ledig!

Pour qu’elle devienne propriétaire, il a fallu borner le terrain. Une voisine lunatique a contesté le bornage du géomètre à cause d’une erreur cadastrale de 100m2.

Je passe sur les détails inintéressants, mais suite à de pathétiques négociations pécuniaires, des insultes, des centaines de coups de téléphone, cette voisine a fini par apposer sa signature sur le malheureux document de bornage dont dépendait le démarrage des travaux.

Et vous savez quoi? ÇA A DEMARRÉ hier!!

Vendredi soir, le terrassier a apporté la première pelleteuse. J’ai caché mon émotion, mais j’en avais les larmes aux yeux.

Au printemps, la maison devrait être finie. On est peut-être dans un Ledig, finalement… 

Ma maman sera restée 2 ans chez nous. Elle a perdu une partie de son autonomie parce que je m’occupe de tout. Mais elle va mieux. Nous nous sommes incroyablement rapprochées. Grâce à la lecture notamment: on lit souvent les mêmes livres, on en discute, je la traine à mon club de lecture où elle refuse encore de prendre la parole. On marche dans notre campagne.

Pourra-t-elle reprendre une vie autonome une fois chez elle? Rien n’est moins sûr. Mais j’aurai juste à traverser un jardin pour m’en assurer… pour me rassurer.

Et puis une maison en bois dans mon jardin… c’est pas si terrible, surtout si elle abrite ma petite maman, qui est sans aucun doute la personne qui m’aime le plus au monde.

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