« Chavirer », Lola Lafon, RL2020, Acte Sud

J’ai lu ce roman avant sa sélection au Goncourt. Voici ce que j’en pensais en septembre.

Cléo, passionnée de danse, traversant douloureusement les affres de l’adolescence, est invitée à candidater pour une bourse par Cathy, recruteuse de nouveaux talents pour la Fondation Galatée.

Cléo est aux anges entre les mains de Cathy, qui prépare avec amour sa candidature, lui offrant cadeaux luxueux, argent de poche et restos chics. Il ne s’agit pas d’échouer devant le jury très sélect, composé d’hommes, un pour chaque candidate, qui les accueillent dans un lieu intime, de rêve.

À ce moment-là, adultes avertis que nous sommes, avons compris ce qui attend Cléo et les jeunes rêveuses de gloire. Mais ce que nous ne savons pas, c’est que cette « fondation », avec l’aide de Cathy, va transformer la victime en recruteuse.

Glaçant d’horreur!

Lola Lafon raconte cette terrible histoire par le prisme de plusieurs personnages qui ont croisé Cléo de l’âge de 13 ans en 1984 à aujourd’hui.

Encore une fois, je me trouve plongée dans mon univers: même âge, même ville de jeunesse, pleine de rêves et d’incertitudes.

Comment ne pas être touchée par le cataclysme que des adultes imposeront à cette toute jeune fille, qui devra trainer sa honte et sa culpabilité? Même après être devenue femme, après être devenue mère. Comment ne pas être consternée par ces adultes qui ont fermé les yeux? Ces adultes qui savaient, qui voyaient, participaient.

Un sujet terriblement d’actualité qui n’a pas fini de faire parler de lui (et tant mieux).

Pourtant, j’émets des réserves sur la forme. La construction est brouillonne, les chapitres trop courts, les personnages trop nombreux pour avoir le temps de les cerner, de marquer.

À vouloir éviter de tomber dans un traitement pathos de ce sujet casse-gueule, l’autrice adopte un style journalistique, peu littéraire et désagréablement détaché. Et pourtant, ce sont cette construction et ce détachement qui plaira à d’autres lecteurs.

Il se lit vite, sans ennui ni déplaisir, mais s’oubliera vite. Peut-être garderais-je en mémoire le monde de la danse, déshabillé de ces paillettes, et quelques anecdotes distillées au cours du roman.

J’ai finalement gardé de ce roman tous ces adolescents menacés par les délires des adultes: les délires pervers des pédophiles, les délires religieux des fanatiques, les délires financiers du monde du sport et du spectacle.

Seuls l’amour familial et l’instruction peuvent protéger nos ados. Régulons leurs écrans (et les nôtres pour passer du temps avec eux), tenons-les loin des compétitions en tout genre et mettons-leur des livres entre les mains.

Vote: abstention.

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